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Quel avenir pour le panafricanisme au 19e siècle?

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En Afrique, l’année 2010 a été celle de la célébration du cinquantenaire des indépendances dans un grand nombre de pays ; et les manifestations organisées dans ce cadre ont été l’occasion pour les Africains de s’interroger sur la réalité des indépendances. S’il est vrai que le continent dans son ensemble est aujourd’hui débarrassé du colonialisme dans sa forme directe, nul ne conteste que l’indépendance des pays africains demeure toujours théorique ; car, il est difficile de compter sur le continent plus de cinq (5) pays où les politiques publiques ne sont pas dictées de l’extérieur par les puissances dominantes et les institutions qui représentent et défendent leurs intérêts.

Après l’accession de la plupart des pays africains à l’indépendance en 1960, les dirigeants déclaraient que le nouvel objectif était d’entamer la seconde étape de la lutte de libération des peuples du continent du joug du colonialisme. Cette nouvelle étape devrait se matérialiser par la conquête d’une indépendance économique vis-à-vis des anciennes puissances coloniales dont dépendaient pratiquement la totalité des États. La mise en œuvre des plans d’ajustement structurel au début des années 1980 est venue contrarier, voire éloigner pour longtemps, ce rêve d’indépendance économique ; car, les plans d’ajustement ont ouvert la voie à une reprise en mains économique et politique des États par les institutions financières internationales, notamment le fonds monétaire international et la banque mondiale.

Aujourd’hui, les dirigeants africains sont très peu nombreux à prôner encore la lutte pour l’indépendance économique et l’affirmation de la souveraineté de leurs pays. La soumission aux institutions financières internationales, et donc aux anciennes puissances coloniales, semble même faire consensus au sein de l’élite au pouvoir ; même s’il est vrai que quelques initiatives, telles que le plan d’action de Lagos et le NEPAD, sont venues entretenir un moment l’illusion d’une volonté de rupture. Le lancement de l’Union Africaine par le sommet des Chefs d’État, réunis à Lusaka en Zambie en 2001, a été un moment important de vendre cette illusion aux peuples du continent ; car, il a semblé que les dirigeants africains voulaient aller de l’avant dans la réalisation de l’unité politique et économique pour laquelle des générations d’Africains se sont battues depuis au moins la fin de la 2ème guerre mondiale.

Cependant, il importe de souligner que le nouveau projet d’union concocté par le sommet de Lusaka est très éloigné du rêve panafricain d’unité politique et économique ; car, le projet adopté par les Chefs d’État ne visait pas à bâtir les États-Unis d’Afrique, projet cher aux pères du panafricanisme tels que Nkrumah. Le nouveau projet visait plutôt à mettre en place un cadre d’intégration sur le modèle de l’Union européenne, avec des institutions telles que la Commission Africaine, le parlement panafricain, la Cour de justice africaine, le Mécanisme de règlement des conflits, le Conseil économique, social et culturel, le Conseil de paix et de sécurité, etc. Le sommet de Lusaka avait aussi doté la nouvelle union d’un plan stratégique servant de cadre commun d’action, sous l’appellation de Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD).

Dès la publication de ce plan stratégique, les milieux progressistes africains se sont très vite rendus compte que l’objectif poursuivi n’était pas de sortir de la logique néocoloniale qui a prévalu depuis les indépendances ; car, le document du NEPAD souligne clairement que le but ultime était de favoriser une meilleure intégration du continent africain dans la mondialisation à travers notamment un afflux massif des investissements directs étrangers. La déclinaison publique des objectifs poursuivis à travers le NEPAD est venue montrer que la création de l’Union Africaine participe d’une volonté d’appropriation, ou disons plus clairement de dévoiement, de l’idéal panafricain par une élite dirigeante totalement acquise aux intérêts des puissances dominantes.

Or, il convient de souligner que le projet panafricaniste, depuis son esquisse sur le continent américain dans les années 1900, a toujours été un projet de rupture et de libération. Il a été d’abord, un projet de libération des peuples noirs de la diaspora de la férule des régimes ségrégationnistes d’Amérique ; avant de devenir ensuite, un projet politique libération des peuples d’Afrique noire du joug du colonialisme. Le panafricanisme a toujours été associé à la lutte pour l’émancipation des peuples d’Afrique ; et aujourd’hui encore, s’il est demeuré vivace dans l’esprit de la jeunesse africaine, c’est avant tout parce qu’il continue de cristalliser l’espoir d’un changement politique radical.

 Au cours de l’histoire agitée du continent africain, le projet panafricain a connu des fortunes diverses ; et certains pensent même qu’il s’agit plutôt de véritables mésaventures politiques. Le projet s’était matérialisé dans les années 1960 sous la forme d’un monstre, en l’occurrence l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), qui a dominé la vie politique africaine pendant trente neuf (39) ans. Cette organisation panafricaine, fondée sur le dogme de l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation, s’est effacée en 2001 au profit d’un autre moins hideux, fondée sur le désir de s’intégrer davantage à la mondialisation. Les deux organisations se rejoignent sur un point, à savoir le maintien sur tous les plans du statu quo hérité de la colonisation, non seulement quant à l’intangibilité des frontières, bien que des fissures soient apparues dans ce domaine avec la scission de l’Érythrée et du Sud Soudan, mais aussi quant à la sortie du pacte colonial, notamment dans ses aspects relatifs à la vocation de pourvoyeurs de matières premières.

En dépit de ce constat amer, force est souligner que le panafricanisme continue encore d’être en vogue dans les débats sur le futur du continent ; car, nombreux sont ceux qui croient encore que le continent ne s’en sortirait jamais sans avoir réalisé son unité politique. Les constitutions africaines de ces vingt (20) dernières années témoignent d’ailleurs de cette réalité. La plupart d’entre elles proclament explicitement que les peuples souverains sont attachés à l’idéal de l’unité africaine et qu’ils sont prêts à céder tout ou partie de la souveraineté de leurs États pour sa réalisation. S’il est heureux de constater que l’idéal panafricain est désormais inscrit dans les constitutions africaines, il ne faudrait pas perdre de vue qu’il n’a pas encore trouvé la place qu’il mérite dans les luttes et les résistances populaires ; et notre devoir n’est rien moins que de le maintenir vivace et de l’articuler à un projet révolutionnaire rénové et prenant en compte les leçons apprises des tentatives passées d’édification d’un nouvel ordre.

S: fondationfrantzfanon.com

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