Tuesday, 12/12/2017 | 8:30 UTC+1

Les NTIC et la problématique de l’éducation en Afrique : Quelles pistes d’accélération pour repenser le système éducatif africain à travers les NTIC ?

ntic-et-education-en-afrique

Par AMADOU SY, Eloi TRAORE et Hermann DIARRA

En ce XXIe siècle, il est difficile d’imaginer une école moderne sans intégration des TIC. Pourtant, l’Afrique reste à la traîne avec un très faible niveau d’utilisation des NTIC dans l’éducation sachant que tout le monde semble être d’accord sur le rôle important des TIC dans le système éducatif. Les chiffres sont loin d’être rassurants et le constat est encore plus accablant. Moins de 1% des professeurs utilisent les TIC dans le cadre de leur travail. L’ordinateur demeure un objet de luxe dans la majorité de nos écoles et il est rare de voir des lycées équipés de salles informatiques. Les données administratives et financières de la plupart des écoles sont toujours gérées de façon traditionnelle. La problématique d’une utilisation pédagogique des TIC étant une nécessité contemporaine et d’avenir pour l’Afrique, il est donc temps d’agir pour :

Par AMADOU SY : « Consultant en Diagnostic Économique et Financier auprès des Comités d’entreprise et Comité de Groupe Européen, membre du Centre d’Études et de Réflexion du Mali (CERM) et membre de l’Association des Jeunes pour les Nations Unies à Genève (ADJNU). Il a publié de nombreux articles sur le développement de l’Afrique en général et le Mali en particulier notamment sur le champ de l’éducation ».

  1. Mettre l’informatique au cœur du système éducatif africain

Au cours des vingt dernières années, de nombreux gouvernements ont adopté des politiques visant à encadrer l’intégration des TIC dans l’éducation. Mais dans la mesure où l’intérêt pour l’apprentissage par ordinateur n’a grandi que récemment, il y a une absence totale de politique en matière d’informatisation du système éducatif africain. Si tous les pays africains avaient des politiques orientées vers l’intégration des TIC à travers la mise en place des salles informatiques dans les établissements publics et privés, le niveau de l’éducation en Afrique ne serait pas aussi dérisoire. Il est donc nécessaire de promouvoir l’apprentissage assisté par ordinateur. Des reformes sont indéniablement nécessaires dans ce sens pour inciter (obliger ?) les établissements privés secondaires et supérieurs à s’équiper au moins d’une salle informatique. En effet, il est impératif d’insérer dans les programmes au moins 2 heures de cours d’informatique obligatoire par semaine. Par ailleurs, les Etats doivent aussi remplir pleinement leur rôle en équipant davantage les écoles publiques du secondaire à l’université, des salles informatiques de qualité.

  1. Rendre le Mobile plus éducatif

Depuis plus d’une décennie, le marché de la téléphonie mobile a connu une expansion très forte à l’échelle mondiale. La vitesse de diffusion de cette technologie a été particulièrement rapide en Afrique subsaharienne. Dans le même temps, plus de 350 millions de personnes en Afrique subsaharienne sans école ni accès à l’électricité vivent dans des zones couvertes par le réseau mobile. Ce qui signifie que le mobile pourrait être un facteur déterminent dans la nouvelle construction de l’éducation africaine. Dans ce cas, comment le rendre plus éducatif ? En tissant des collaborations ou partenariats entre les Etats africains et les opérateurs téléphoniques. Les opérateurs téléphoniques doivent jouer un rôle important dans la promotion du système éducatif africain. Les Etats africains doivent les inciter à s’impliquer davantage dans le nouveau système de l’éducation par le mobile. Les efforts doivent se concentrer dans les zones rurales déjà couvertes par le réseau Mobile où la majorité des villes n’ont pas ou très peu d’établissement scolaire. Pour cela, le ministère de l’éducation en collaboration avec les enseignements, doit élaborer des programmes clairs et détaillés sous forme d’application Mobile. Il s’agit de mettre en place des cours enseignés à l’école via le téléphone Mobile en tenant compte des diversités linguistiques dont le continent bénéficie. Par exemple, il est important de réaliser certaines matières en plusieurs langues/dialectes et en fonction des spécificités des territoires. Ainsi, le Mobile éducatif permettra de contribuer au changement des mentalités que le continent a éperdument besoin pour son développement.

  1. Rendre l’internet plus éducatif

L’Afrique enregistre un retard notable dans l’utilisation de l’internet comme outil pour l’amélioration du système éducatif. Selon l’UIT, seuls 19 % des Africains ont accès à l’internet. Ce faible taux s’accompagne d’une pénétration d’internet dans les ménages de seulement 11 %, contre près de 36 % dans les pays arabes par exemple. Face à cette situation, les gouvernements africains doivent conjuguer leurs efforts afin d’investir dans les TIC notamment rendre gratuitement l’internet dans les établissements publics. Ils doivent également inciter (obliger ?) les établissements privés à s’équiper d’un système de wifi à la disposition des élèves. Au niveau de l’enseignement supérieur, l’utilisation de l’internet pourrait être le plus efficace grâce à la mise en place des programmes à distance. La formation à distance dans l’enseignement supérieur a plusieurs avantages. Elle est d’abord une alternative à l’enseignement supérieur traditionnel. Elle permet d’améliorer la qualité de l’enseignement dans plusieurs domaines. Ainsi, les pays africains doivent mettre en place des campus numériques avec des bibliothèques connectées à la disposition des étudiants. Cela permettra de donner un élan à la promotion de la recherche scientifique dont le continent a éperdument besoin aujourd’hui.

Par Eloi TRAORE : «Conseiller Pédagogique Office de la Migration des Jeunes et Prof. des Universités Populaires Gießen / Lahn-Dill-Kreis Allemagne ».

ntic-et-education-en-afrique2

  1. Améliorer les programmes télévisés pour l’insertion des enfants 

On peut observer que, d’une part, l’éducation est l’un des thèmes les plus riches parmi les projets présentés sur toutes les plateformes gouvernementales et que, d’autre part, les projets de réformes, d’amélioration du système éducatif sont nombreux. Pour autant, le débat sur le thème de l’éducation et de la problématique des médias de masse, telle la TV n’est pas assez très fourni. Dans la société d’aujourd’hui, avec la télévision, la publicité, Internet, le temps de l’enfance se raccourcit. Les enfants à partir de six (6 ans) et les adolescents passent plus de temps devant les écrans que devant leurs enseignants. C’est considérable ! Et ce qui se passe entre les écrans et l’enfant, nous échappe très largement. « Les Industries de programmes » en continu des TV peuvent vite représenter un danger pour des enfants et des adolescents. Avec la TV, l’internet, le numérique, nous sommes dans l’obligation de repenser l’éducation. Pour introduire notre dossier consacré au thème « Améliorer les programmes télévisés pour l’insertion des enfants », il est important de dégager quelques chantiers prioritaires en les plaçant dans un cadre plus large, celui de l’éducation de nos enfants face aux médias de masse, en :

– Changeant le regard de l’Enfant 

Par d’autres sources énergies plus actives positives afin de rester constamment en communication avec eux.

La limitation du temps d’écran : Physiquement, par exemple en ¼ heure maximum, et pédagogiquement à en parler en famille. S’assurer, mais surtout rappeler sans cesse, qu’ils comprennent que la réduction du temps devant l’écran n’est pas une punition, mais qu’ils doivent bouger davantage, parce que passer pendant la journée en position assise et à l’intérieur est très nuisible pour leur santé et leur bien-être. Afficher dans la pratique un tableau familial sur lequel chaque membre de la famille écrira par jour ou par semaine le nombre d’heure qu’il aura passé devant les écrans pour autre chose que les devoirs ou le travail. Un procédé qui consiste à éviter donc la confrontation directe à travers de nombreuses remarques et reproches tout en prenant le soin de faire respecter le « contrat familial »

La création de tissus associatif, culturel, sportif, social. Ces mouvements d’éducation populaires doivent servir d’alternatives aux programmes de TV en permettant aux enfants de lâcher prise. Ces tiers lieux où ils peuvent à la fois choisir, coopérer, se développer et apprendre dans la liberté, comme par exemple la visite de peinture d’artistes maliens, que de faire voir systématiquement à un enfant une fiction fabriquée par un film avec des voitures de Formules 1 sorties de chez le collectionneur, toute propre, pétillante, flambant neuves. Une espèce de reconstitution à laquelle on n’aura du mal à souscrire, parce qu’une peinture dit plus qu’un qui se dirait éventuellement bon…

–     Peintures rupestres du Pays Dogon, du Pays Manding et dans le Bassin du Niger, le Musée National.

–    Œuvres des peintres, de sculpteurs, initiateurs de plusieurs techniques dont l’émergence du bogolan au rang d’arts tels que Malick Sidibé, Ismaël Diabaté, Dami Théra

– De la consommation à l’action :

Il s’agit de transformer le quotidien à l’épreuve du virtuel en une activité intellectuelle ou physique par un investissement individuel, personnel au sein d’un programme collectif. Concrètement il s’agit donc de conférer au monde réel une référence en l’extirpant de la fiction.

Former et informer  l’enfant sur le rôle de la TV par la  participation à des ateliers de sensibilisation au monde des médias. Cela passe par l’élaboration des journées dédiées au droit des enfants avec comme thèmes touchant le quotidien des enfants : Comment se protéger contre le rôle néfaste de certaines publicités, produits alimentaires, le « Fast Food », santé et  surpoids, séries « érotiques » de Télé Nova. Le but des ateliers vise à développer des aptitudes de réflexes face á ce que l’on propose aux enfants comme programmes à consommer. Par la même occasion, sensibiliser les enfants à l’écologie par l’usage multiple au quotidien d’un même objet publicitaire, tel les sacs plastiques. La référence culturelle du programme de la TV peut être la présentation physique d’un groupe théâtral, d’un court métrage ou des « diapos » d’un village typique moins soumis à l’insalubrité. Il

En parallèle à ces ateliers sur la TV il revient de sensibiliser sur la crédibilité de la multitude d’information qui circule sur la TV ou sur le Net: La mission de sensibilisation qui touche aussi aux rôles du numérique sur l’image, savoir qu’une photo peut être retouchée avant sa publication pour la donner une signification autre que celle de l’originale, ou qu’un acteur de cinéma peut laisser son double jouer certains rôles, invite les enfants à coopérer par une participation active. Se mettre donc par exemple dans la peau de journaliste en créant leur propre journal et à manipuler du matériel audio-visuel. Intégrer tout cela dans le programme, travailler sur un journal d’école et en parler à l’éducation, à la citoyenneté. Puisque la fiction est un monde extraordinaire pour l’enfant, donc manipulable, il s’agit aussi lors de ces ateliers d’effectuer un travail de prévention contre la violence. Quand on  montre des films à des enfants, à l’école on part du principe que c’est la vérité, qu’elle est constituée ainsi, parce que montrée comme telle. A partir donc de ce révisionnisme esthétique, expliquer clairement que la vraie violence n’est pas nécessairement ce que l’on les a présenté à la TV, sur le Net du genre Pantalon Ninja, Power Rangers, Pokémon, mais elle serait ce qu’on aura exercée sur son prochain dans la réalité.

– Opportunité d’apprentissage autrement

Apprentissage: Consiste de voir dans les programmes de TV une façon simple  permettant de trouver facilement des réponses directes ou indirectes aux questions, notamment en ce qui a trait à l’alimentation, à la morale ou même à des thématiques plus intimes, comme la santé, la sexualité. Savoir par exemple que certains d’arbres tels le Karité ont diverses fonctions, en passant de la simple consommation culinaire, adjuvant en chocolaterie jusqu’aux soins médicaux et cosmétiques (savon, shampoing, crème). Qu’avant on se servait de son bois, très dur et résistant aux termites, pour tailler des mortiers et des pilons, pour construire les maisons, que la cendre sert encore aujourd’hui pour le colorant indigo, le colorant rougeâtre de son écorce empêche les tubercules cuits de noircir, les feuilles comme emballage alimentaire pour le bétail, ses fleurs utiles dans l’apiculture.

Le rôle des éducateurs dans l’apprentissage: Etant donné le caractère particulier de ce média – la télévision s’adresse à tous, c’est un meuble familial –, il faut prendre vis-à-vis de lui un certain nombre de protections particulières, surtout quand il s’agit de sexualité mise en relief dans de nombreux programmes. Que l’on contrôle, que l’on rende difficile pour les enfants l’accès de certains programmes à la télévision, certes, mais par ailleurs les parents et enseignants doivent être capables de leur expliquer, par une éducation morale, culturelle, sexuelle digne de ce nom, pourquoi par exemples certaines sexualités sont défendables et d’autres non, et pourquoi la pornographie en est seulement l’une des modalités. Si les adolescents la conçoivent à partir de la pornographie et uniquement, c’est moins à cause de la télévision qu’à cause de l’impéritie des adultes englués dans leurs inhibitions, qui n’ont pas expliqué qu’il existait d’autres façons d’appréhender le corps de l’autre. Donc combattre l’accablante préemption de l’image sur l’apprentissage et sur l’imagination des enfants confrontés à des images crues, précises, détaillées de la sexualité avant d’avoir eu tout rapport sexuel.

Par Hermann DIARRA : « Membre du Centre d’études et de Réflexion du Mali (CERM), de L’Afrique des Idées (ADI), il est sympathisant de l’Union des fédéralistes africains (UFA). Titulaire d’un master en Réseaux et Télécommunications, il est aussi diplômé en management des systèmes d’information ».

  1. Créer l’ETICA (Ecole Technologique de l’Information et de la Communication de l’Afrique)

ntic-et-education-en-afrique-3

L’Afrique est à la fois le berceau de l’humanité et le continent de l’avenir. Cependant, la majorité des africains sont encore divisés entre l’afro-pessimisme et l’afro-optimisme passif. Mais, le développement de l’Afrique sera endogène et basé sur l’afro-responsabilité des peuples africains à prendre leur destin à bras le corps. Dans le contexte actuel où les TIC sont en train de révolutionner notre mode de vie et le monde des affaires, il serait judicieux d’oser réinventer notre système éducatif par les TIC afin d’innover pour la réalisation de l’Afrique de nos rêves. Pour cela, la mise en place de l’ETICA préparerait les jeunes africains à plus d’imagination et de créativité. Ce serait un petit pas de plus pour les africains et un grand pas pour l’intégration africaine tant attendue. D’une part, l’ETICA incarnerait le début de la sortie d’un système éducatif qui fait que nous sommes formatés à attendre un emploi plutôt qu’à entreprendre. D’autre part, il s’agirait d’une école qui aura pour vocation de former des jeunes qui sauront mieux affronter le nouveau marché mondial dans lequel les nouvelles technologies renforcent l’interdépendance des économies, tout en restant sensibles aux défis de l’agriculture durable, de la bonne gouvernance, de l’éducation, de la santé et de l’énergie. Il est évident que le système éducatif actuel ne répond pas aux besoins réels des pays africains en matière de développement. Donc, il faut changer les mentalités, adapter les méthodes et les contenus afin de doter les jeunes des compétences en TIC et de l’envie de créer des entreprises adaptées à leur environnement et à notre cruelle mondialisation. Ainsi plutôt que d’être simples consommateurs de la technologie, les africains seront non seulement à mesure de l’intégrer mais aussi de la combiner aux cultures et traditions locales. Notons que l’expérience réussie de certains pays tels que le Rwanda ou le Kenya montre que les TIC ont un potentiel inouï à exploiter. En effet, ces pays sont en train de montrer qu’utiliser de la technologie pour faire les choses différemment dans le but de trouver des solutions aux problèmes de la vie quotidienne n’est rien d’autre qu’une innovation « fait-maison ». C’est ce qu’il faudrait reproduire sur le continent africain ! De plus, l’intégration des contenus culturels dans l’éducation numérique semblerait être une excellente source d’inspiration pour encourager la créativité. Si la mise en place de cette école se concrétisait, tout africain aurait le droit de l’intégrer via un concours unique et chaque pays devrait s’engager à financer le coût de la formation de ses ressortissants admis. Par ailleurs, cette école deviendrait le point de départ de la vulgarisation des MOOC (Massive Open Online Course) que l’on peut traduire par « cours en ligne ouvert et massif ». Il reviendrait à l’Union Africaine (UA) d’assumer le financement du fonctionnement de l’ETICA. Finalement, ce projet contribuerait à la création de nouveaux types d’hommes éveillement consciencieux capables de changer l’Afrique et le monde par le pouvoir extraordinaire des TIC.

About

Le Mérite Africain, réflexions, analyses pour le réveil et l'éveil de l'Afrique. Piloté par le Forum de l'Excellence-TOGO ( FOJECED ) mail: contact@lemeriteafricain.com

POST YOUR COMMENTS

Your email address will not be published. Required fields are marked *